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Assemblée générale du 10 mai 2012

samedi 15 décembre 2012
par  webmestre

Rapport moral de l’année 2011 - Perspectives 2012

Le rapport d’activité va revenir de façon détaillée sur les faits qui ont marqué la vie du Diaconat au cours de cette dernière année. Je vais donc me contenter d’évoquer dans ce Rapport Moral, ceux qui m’ont paru les plus marquants, avant d’exprimer quelques réflexions personnelles. Cela me semble naturel de le faire après l’expérience singulière qu’a été pour moi, pendant six ans, la présidence du Diaconat.

le logement d’abord


En 2011, nos efforts ont surtout porté sur la recherche d’une meilleure organisation des services et d’une plus grande efficacité dans l’accompagnement de nos publics.
Une action majeure, a été la restructuration du service logement. La multiplication des dispositifs d’accompagnement des personnes accédant à un logement d’une part, le fait que des salariés du Diaconat intervenaient aussi dans le Libournais, dans le cadre d’un partenariat avec l’association Le Lien d’autre part, avaient quelque peu désorganisé le service. L’arrivée d’une nouvelle coordinatrice, la définition plus précise des procédures et la coopération active des salariés ont permis de redéfinir nos actions dans le domaine du logement. La maîtrise des dispositifs est d’autant plus importante qu’ils s’inscrivent dans la nouvelle politique qui a pour nom « le logement d’abord ».

La mise en œuvre de cette politique entraine une révolution dans les pratiques de l’accompagnement social : jusqu’à présent, les personnes sans abri étaient hébergées dans des lieux collectifs comme les CHRS. Elles étaient accompagnées par des travailleurs sociaux et restaient le temps nécessaire pour atteindre une stabilisation de leur situation. Désormais, en application du « logement d’abord » elles devront être logées sans passer par la case hébergement. Cela suppose pour une association comme le Diaconat de disposer de logements et d’adapter l’accompagnement à des personnes qui se trouvent dispersées et isolées. Le passage direct de la rue à un logement ne peut pas se faire sans un accompagnement spécifique.
Le Diaconat est ainsi en recherche de logements, en particulier auprès de bailleurs privés et développe plusieurs actions dans ce but, dont une avec Habitat Humanisme et la Chambre des Propriétaires. Vous pouvez nous aider dans cette recherche, en en parlant autour de vous. Nous savons tous qu’il ne faut pas trop compter sur la construction de logements sociaux, c’est pourquoi nos recherches s’orientent vers le privé. Des plaquettes explicatives sur une démarche que nous avons appelé « location solidaire » sont à votre disposition.

travailler avec le SIAO


En 2011, le Diaconat a participé, avec d’autres associations, à la mise en place du SIAO (Service Intégré de l’Accueil et de l’Orientation de Gironde) dont le but est de centraliser et de rapprocher l’offre et la demande en matière d’hébergement et de logement. La création du SIAO correspond au besoin nécessaire de coordonner les actions des différents acteurs de l’urgence sociale. La demande dans ce domaine explose et l’arrivée de nouveaux publics notamment les Européens primo-arrivants en provenance de Grèce, du Portugal ou d’Espagne, ne fait qu’aggraver la situation.

Tout récemment le SIAO a été conduit à envisager une priorisation des publics, ceci en contradiction avec la loi qui proclame le droit à l’hébergement et au logement comme un droit fondamental. La situation est difficile pour les professionnels de l’urgence sociale, lesquels, regroupés dans un collectif national, ont manifesté le 27 mars dernier pour rappeler à l’Etat son obligation d’adapter les moyens aux besoins, alors que les premiers baissent et les seconds augmentent.

comment évaluer notre travail ?


Une autre action, a mobilisé les services du Diaconat en 2011.
Une des priorités de la loi 2002-2 est la mise en œuvre de l’auto-évaluation dans les établissements et services du secteur social et médico-social. Un groupe de pilotage et des groupes de travail ont été mis en place. A partir d’un référentiel élaboré en commun, un document de synthèse a été établi qui fait ressortir les axes d’amélioration. Ceux-ci portent essentiellement sur l’amélioration de la circulation de l’information, les modalités de coopération entre services, les procédures et dans certains cas la formalisation de la place des bénévoles.

le « reporting »


Je voudrais maintenant vous faire part de mon inquiétude devant le constat d’une complexification croissante des conditions dans lesquelles nous travaillons. Salariés et bénévoles sont amenés à participer à toujours plus de réunions d’information et d’échanges aussi bien en interne pour des nécessités de service qu’en externe à la demande de nos partenaires ; à remplir de plus en plus de rapports et à fournir de plus en plus de chiffres. Le temps passé à cela, l’est nécessairement au détriment de l’accompagnement social qui doit rester notre mission prioritaire.

Le sommet en matière d’aberrations du système technocratique qui se met en place, est le décret paru au mois de janvier dernier au Journal Officiel et qui concerne l’aide alimentaire.
Pour bénéficier de l’aide alimentaire d’Etat, il faudra après avoir été agréé, fournir des informations conséquentes sur les bénéficiaires de cette aide. Déjà, il y a plusieurs mois le collectif CAUSE dont le Diaconat fait partie, s’était insurgé contre le fait que la Banque Alimentaire imposait aux associations l’utilisation d’un logiciel permettant de saisir des données concernant les bénéficiaires et la nature des aliments redistribués. Le décret paru récemment vient officialiser cette pratique. S’il est normal de faire remonter des informations, on peut se demander ce que va faire l’administration de cette masse de chiffres qui portent sur le nombre de foyers et leur composition. Il faudra distinguer les actifs de ceux qui ne le sont pas, indiquer l’âge, le sexe, le « reste à vivre individuel journalier ». La saisie de tous ces éléments va demander un travail supplémentaire aux associations et aux bénévoles, lesquels sont prêts à donner de leur temps pour un peu d’humanité et non pour taper sur un clavier d’ordinateur.

Cette exigence de reporting, vous m’excuserez d’utiliser un vocabulaire technocratique, a accompagné la mise en place du RSA ainsi que les dispositifs divers liés au logement et à l’hébergement et se diffuse aujourd’hui dans tous les domaines. Outre le temps passé, les conséquences qui en résultent, sont la nécessité de se doter de matériel informatique, d’en assurer la maintenance, de répondre à un besoin de formation, de gérer et de contrôler des flux de données, etc..

où sont les vraies valeurs ?


Les journées nationales de la Fédération de l’Entraide Protestante qui se sont tenues fin mars avaient cette année pour thème « Responsabilité et Engagement » avec en sous-titre : quand le présent interpelle les valeurs. Il s’agissait de réfléchir à la situation de tension qui apparait lorsqu’il y a contradiction entre ce que Max Weber a appelé l’éthique de conviction qui affirme une prise de position sans se préoccuper des conséquences et une éthique de responsabilité qui calcule le bon moyen pour arriver au meilleur résultat possible. Autrement dit, faut-il composer ou résister ? Faut-il accepter de gérer le dispositif hivernal en sachant qu’à son terme on sera contraint, en infraction avec la loi, de remettre des personnes accueillies à la rue puisqu’on sait à l’avance qu’on sera dans l’impossibilité de leur proposer un hébergement ?

Le Conseil d’Administration considérant que la mission première du Diaconat était de venir en aide aux personnes en grande difficulté a estimé qu’un abri même temporaire était souhaitable et a donc répondu favorablement à la demande de l’administration. Nous avons accepté, cet hiver encore de prendre en charge la gestion du centre Trégey. Le CASP, Centre d’Aide Social Protestant de Paris a fait le choix inverse et a opposé un refus en l’absence d’assurance sur les possibilités d’hébergement à la fin du dispositif. Laquelle des deux associations a fait le bon choix ?
Nos convictions guident nos actions mais elles se heurtent à la réalité et celle-ci nous oblige à des compromis. Nous devons militer pour faire bouger les choses, tout en ayant conscience qu’en agissant ainsi nous pouvons heurter ceux qui financent nos actions. Tout en étant portés par nos idéaux et nos valeurs, nous nous voyons contraints de les ajuster au mieux au principe de réalité.

ceux qui partent et ceux qui restent...


Au cours de cette Assemblée Générale, nous allons conformément à nos statuts, vous proposer le renouvellement partiel du Conseil d’Administration. Arrivant au terme de mon mandat, je n’ai pas souhaité me représenter. Porté au poste de Président par un concours de circonstances auquel je n’avais pas su échapper, six ans après, j’ai besoin de passer le relais. Je pense aussi que la vitalité d’une association passe par un renouvellement qui permet ainsi à chacun d’apporter sa pierre à l’édifice.
Pendant ces années, j’ai été témoin de l’engagement des salariés et des bénévoles qui travaillent ou interviennent au Diaconat. Ils le font dans un contexte difficile et au contact de publics qui peuvent aussi être difficiles. Dans un monde qu’on dit gagné par le repli sur soi et l’égoïsme, le Diaconat est un lieu d’humanité et de fraternité. Sachons le préserver. Je veux, en votre nom, remercier salariés, bénévoles et même stagiaires pour la façon dont ils s’impliquent au quotidien dans l’accompagnement des personnes que nous accueillons, que nous hébergeons ou que nous logeons.

Les mouvements de salariés ont été nombreux, en particulier du fait du dispositif hivernal. Je ne peux pas les citer tous. Je voudrais cependant saluer Juliette Rémy en tant que Chef du service logement, ainsi qu’Aïcha Bouillaud comme maitresse de maison à Sichem. Remercier aussi Nadia et Ysaline, deux stagiaires qui nous ont permis de moderniser notre communication à travers la Lettre du Diaconat et le site web.

Il y a ceux qui arrivent. Il y a aussi ceux qui partent, dont je fais partie.
Pour ce qui me concerne, je me serais enrichi de nos rencontres, j’aurais éprouvé la satisfaction d’avoir mené à bien avec vous des projets, d’avoir aidé le Diaconat à évoluer au point qu’il est considéré aujourd’hui dans la métropole bordelaise comme un acteur incontournable de l’action sociale.

Avoir été sollicité il y a six ans pour être président du Diaconat avait été pour moi une surprise. Tout bien considéré, aujourd’hui, je peux dire que ça a été une chance ; cela m’a permis d’avoir une vue plus juste de notre société et de ses inégalités et ainsi de porter un regard plus fraternel sur nos concitoyens les plus défavorisés.


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