Le Diaconat de Bordeaux

Association fondée en 1805, reconnue d’utilité publique en 1906.
Membre de la Fédération de l’Entraide Protestante

« Le Diaconat a pour but d’apporter aide et soutien à des personnes ou des groupes en difficulté. Il a également pour but de contribuer, avec d’autres organismes publics ou privés, à toute forme de service » (article 1er des statuts)

Le siège social est situé 32 rue du Commandant Arnould 33000 Bordeaux.

Cette implantation au centre de la cité favorise l’accueil des personnes victimes de la précarité et en demande d’accompagnement.

Ses services :
- Accueil et accompagnement RSA
- Service logement (médiation et intermédiation locatives, ALT, Sychar)
- CHRS (Capucins / la Monnaie, Mamré)
- Maisons relais (Sichem, Béthel)
- Photos d’identité - Image de soi
- Accueil repas Talence (repas gratuits)

Une des spécificités du Diaconat de Bordeaux est d’entretenir dans les services, autant que possible, une complémentarité forte entre bénévoles et salariés.

Coordonnées :
- 32, rue du Commandant Arnould - 33000 Bordeaux
- Tél 05.56.44.76.17 - Fax 05.56.48.64.30

- mél : contact@diaconatbordeaux.fr
- site : www.diaconatbordeaux.fr
- CCP : BORDEAUX n° 594 22 H

Président  : Roland Le Coq

Directeur : Philippe Rix


samedi 17 avril 2010
par Marc Cauty

« Devine où je vais dormir ce soir . . . »

Bilan du dispositif hivernal 2009 / 2010

 
  Situation de l’hébergement en Gironde

La Gironde dispose de 468 places stables en hébergement tout au long de l’année.
- 137 places supplémentaires ont été ajoutées pendant l’hiver 2009/2010.

Tout au long de 2009, on compte au total 1854 ménages distincts - dont plus de 60 familles avec enfants – qui ont demandé et n’ont pas obtenu au moins pour une nuit, de place en hébergement.
- Globalement en Gironde, il y a eu plus de 10400 refus cet hiver.

Au mois d’octobre, à la veille de l’ouverture du dispositif hivernal, le 115 enregistrait quotidiennement plus de 60 refus. Pour toute la durée de la campagne hivernale 2009/2010, c’est-à-dire du 1er novembre 2009 au 31 mars 2010, malgré l’ouverture de 137 places, chaque soir des personnes n’ont pu obtenir de place en hébergement.

Après la fermeture du dispositif, le pic de 129 demandes non satisfaites pour une nuit a été atteint.
 

Démarrage du dispositif

Comme convenu avec les pouvoirs publics, le Diaconat avait préparé l’ouverture de « la Balise » pour le 15 novembre 2009. Devant le nombre de réponses négatives du 115 aux demandes d’hébergement, le Préfet a souhaité avancer l’ouverture.
Le Diaconat a embauché le personnel nécessaire en moins de 4 jours, et il a été fait appel aux bénévoles pour renforcer les équipes. La formation de ce personnel (ou la remise à niveau) s’est donc faite tout en accueillant les usagers.
Les personnes étaient hébergées officiellement pour une seule nuit. L’incertitude du lendemain a logiquement provoqué des réactions vives, voire violentes.

Il faut saluer les salariés nouvellement embauchés ainsi que le personnel encadrant et les bénévoles pour avoir su faire face à ces situations.

Au fil de l’hiver, devant l’insuffisance manifeste des places disponibles, le Diaconat a de nouveau été sollicité pour ouvrir – toujours en urgence – deux sites supplémentaires mis à disposition par la Mairie de Bordeaux : la salle Gouffrand et la salle Amédée Larrieu (dans cette dernière, les résidents ont bénéficié également de l’aide des bénévoles d’une association de quartier, « le 4 de Bordeaux ».
 

Montage du dispositif hivernal

Le Diaconat et Le Lien se sont associés pour l’organiser et le gérer.

Lieux d’accueil :
- La Balise à Bordeaux (20 places)
- Plaisance à Cenon (17 places femmes et enfants)
- Gouffrand à Bordeaux (25 places)
- Amédée Larrieu à Bordeaux (20 places)
- Château-d’Eau à Libourne (17 places)
- Familles à Libourne (15 places femmes et enfants)

soit un total de 114 places sur un total de 137 que comptait le dispositif en Gironde.
 

Fonctionnement

Le principe retenu était la mise à l’abri pour la nuit.

Pour l’usager, l’appel au 115 pouvait - au mieux - garantir un lit pour la nuit à venir. Le lendemain, il lui fallait de nouveau rappeler le 115, et ceci chaque jour pendant la durée du dispositif. L’usager n’avait aucune garantie d’être hébergé dans le même lieu la nuit suivante - encore moins dans le même lit - avec le risque permanent d’être, le lendemain ou le surlendemain, l’un des malchanceux « sans hébergement ».
 

État d’esprit des salariés

Le fonctionnement d’un tel dispositif s’est avéré « contre nature » pour les travailleurs sociaux dont la mission est largement axée sur la réinsertion. Difficile dans ces conditions d’avoir une relation suivie avec une personne pour l’inciter à changer son comportement. Difficile également de mettre en œuvre une dynamique de groupe avec des groupes à géométrie variable.

Malgré ces multiples difficultés, les salariés, accompagnés par les travailleurs sociaux et les bénévoles du Diaconat et du Lien, se sont efforcés d’assurer un suivi social à ces personnes hébergées et de les accompagner en vue de leur procurer des solutions d’hébergement ou de logement plus durables. Certains ont été réorientés vers les divers lieux du dispositif en fonction de leurs besoins et de leur situation (transferts de Bordeaux à Libourne et réciproquement, jeunes femmes avec enfants vers des lieux spécialisés...). Après évaluation, d’autres ont pu être accueillis en CHRS (les jeunes de moins de 25 ans étant orientés vers le CHRS Jonas). Un petit nombre a pu prendre directement possession d’un logement à titre de locataire ou de sous-locataire. Au total, plus de 60 personnes ont bénéficié d’une orientation vers un dispositif pérenne.

Il faut signaler une difficulté particulière en matière de santé. Le Diaconat dispose d’un infirmier et a mis en place dans ses établissements des consultations par un médecin (jusqu’en 2008, cet dispositif était financé par le dispositif « PRAPS » mais depuis cette date ce poste n’est plus financé : le Diaconat a eu la volonté de le conserver malgré tout, en le finançant sur ses fonds propres dans la mesure où les besoins sont énormes et permanents dans les catégories de population qu’il accueille). L’intervention de cet infirmier sur les divers lieux du dispositif hivernal - tant à Bordeaux qu’à Libourne - a permis de déceler un nombre significatif de pathologies graves qui ont été aussitôt prises en charge par les hôpitaux. Sans parler, évidemment, des problèmes de santé plus courants qui ont pu être pris en charge sur place par l’infirmier ou le médecin.
L’équipe mobile de psychiatrie est fréquemment intervenue sur les différents sites.
 

Bilan pour les usagers

L’obligation de contacter le 115 chaque jour pour la nuit suivante est perçue comme une violence.
« Il faut téléphoner à 13h ».. Mais en pratique le 115 est saturé au moins jusqu’à 13h30. Souvent l’usager s’entend répondre « Nous sommes désolés, il n’y a plus de place, rappelez à 17h »... Et ainsi de suite les jours suivants.

Dans plusieurs lieux (Gouffrand, Amédée Larrieu...), l’usager était accueilli directement dans l’espace de couchage, autant dire qu’il était dérangé tout au long la nuit. Le mobilier à sa disposition se limitait le plus souvent à un lit de camp et une chaise dans le dortoir avec les problèmes de promiscuité et le sentiment d’insécurité qui en découlent.

Il n’est donc pas étonnant que dans quelques cas ces situations aient entrainé des réactions violentes, la plupart des usagers se limitant heureusement à des remarques plus ou moins désabusées exprimant leur insatisfaction.
 

Fin du dispositif

Alors même que le 115 ne disposait pas de places en nombre suffisant pour répondre aux demandes, le dispositif hivernal a cessé de fonctionner le 31 mars.

À cette date ont été fermées :
- à Libourne, 17 places + 15 places familles
- à Bordeaux, 17 places à Plaisance (familles) + 20 places à Amédée Larrieu et 3 à Gouffrand.

Le Diaconat a estimé nécessaire de maintenir en avril quelques places à la Balise et à Gouffrand, non seulement pour éviter des « mises à la rue » trop massives, mais surtout pour se donner le temps de régler le cas de quelques personnes encore sur le chemin de l’insertion.
 

Conclusion

A la fin du dispositif hivernal les salariés étaient fatigués. Les travailleurs sociaux de coordination avaient sérieusement besoin de repos. Fatigués par la pression, la tension et la vigilance extrême. Fatigués de ne pas pouvoir assurer la continuité de l’accueil.

Il faut bien sûr se féliciter des efforts consentis par les travailleurs sociaux, les salariés et les bénévoles pour tenter d’insérer les personnes accueillies. Mais les difficultés ressenties ont atteint un tel niveau d’acuité qu’une réflexion collective (État/Collectivités/Associations) s’avère incontournable : il ne faut pas reproduire une nouvelle fois une situation aussi insatisfaisante.


Propositions pour alimenter la réflexion :

- Création indispensable sur le territoire de la Gironde, de façon pérenne, d’au moins 50 nouvelles places d’urgence.

- Meilleure préparation préalable à l’ouverture de tout dispositif d’accueil d’urgence. Pour l’hiver, l’idéal serait d’avoir défini, en concertation, le programme d’accueil dès le début septembre.

- Il n’est plus acceptable de recevoir des personnes en « nuit par nuit ». La très grande majorité des personnes accueillies est disposée, pour peu qu’on l’y incite, à s’inscrire dans un parcours d’insertion ; encore faut-il être en mesure d’offrir effectivement des places en insertion. Certains de ceux qui ont été accueillis, pourraient même intégrer directement un logement autonome car ils en ont la capacité.
Là encore, les difficultés du dispositif d’accueil d’urgence hivernal n’ont fait que mettre en lumière la relation directe entre le manque de fluidité des places en hébergement et l’insuffisance de logements sociaux.

- S’il s’avère malheureusement indispensable d’ouvrir des salles pour un accueil collectif, il faut au minimum disposer, dans chaque cas, de deux grandes pièces afin d’en aménager une comme dortoir avec des boxes de deux à quatre lits et l’autre comme salle d’accueil et de restauration.
Avec, bien entendu, des sanitaires en nombre suffisant à disposition.


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